
Les premiers bateaux arrivent, les premiers humains, les premières paroles en direct, les premiers regards. A partir de ce moment là, tout va très vite, trop vite même, car c'est le meilleur moment de cette aventure, que l'on voudrait déguster sans modération. Puis un petit vent de panique souffle sur le bateau car il ne faut pas avoir d'accident, il faut trouver la ligne d'arrivée, parmi les embarcations d'admirateurs, cette bouée que l'on a tellement souhaitée, il n'est pas question de la rater.
La joie, l'euphorie même déclenchée auprès du public, fait prendre conscience de l'énormité de ce que l’on vient d'accomplir car jusqu'à ce moment là, on vit dans la compétition, en regardant devant, sans vraiment regarder le chemin parcouru. Les paroles se font rares, les regards suffisent. On est au bord des larmes à la vue des proches, de l'équipe de préparateurs qui ont leur part dans cette victoire, le sponsor sans qui rien n’aurait été possible.
La ligne est franchie, les équipiers montent à bord, notre petit monde dans lequel on a passé plus de trois mois est violé et disparaît en un clin d'œil. On est sur un nuage gonflé à l'hélium, le choc est violent, passer d une profonde solitude, à un bain de foule en quelques minutes est douloureux. Les paroles avec les proches ne viennent pas, le décalage est trop grand, il faudra quelques jours pour se retrouver.
La remontée du chenal, l'arrivée au ponton, curieusement, on a l’impression d'être partie hier. La traditionnelle bouteille de champagne, puis vient le moment le plus fort de la journée: la séparation entre le skipper et son bateau. Cet instant ne dure que quelques secondes, mais la rupture est déchirante, entre le marin et la machine qui ne faisait plus qu'un. Vous remarquerez qu'une fois sur le ponton les navigateurs se retournent et lancent un dernier regard complice à leur monture, avant d'être pris dans le tourbillon de la foule en délire.
Une tranche de vie inoubliable se termine pour le navigateur, une autre commence, celle des relations publiques.
Quant à moi, je vous donne rendez vous dans quatre ans, sur la ligne de départ de ce tour du monde le plus fou.
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